Mandat de grève en vue chez les enseignants du Québec qui en ont plus qu’assez

Les enseignants du Québec songent très sérieusement à déclencher une grève comportant jusqu’à cinq jours de débrayage. Cela fait près d’un an qu’ils sont sans convention collective et que leurs négociateurs se heurtent à un gouvernement inflexible.

Des négociations qui achoppent

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) cumule les mandats de grève auprès de ses membres. Ces derniers sont favorables à des moyens d’action plus corsés, car le gouvernement Legault démontre de la fermeture face à leurs demandes. La volonté est la même du côté des membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Les derniers jours laissent présager qu’une importante majorité d’enseignants au primaire et au secondaire dans la province appuie un mandat de grève. Plus encore, une bonne proportion de membres lorgne même du côté du déclenchement d’une grève générale illimitée si l’impasse perdure.

Les professeurs négocient pour de meilleures conditions de travail, car au point où ils en sont, ils ne peuvent plus exercer leurs fonctions convenablement. Peu d’enseignants se font offrir des permanences. Leurs salaires sont bas par rapport à la moyenne canadienne. Ils dénoncent la lourdeur de leur tâche, la composition des classes et les ratios intenables, de même que le manque criant de services aux élèves en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. En somme, l’absence de ressources causée par la sous-financement de l’éducation affecte les enseignants, et par le fait même, les élèves.

Le contexte de la pandémie

L’exaspération des professeurs ne se limite pas à la lenteur des négociations, mais s’exprime aussi devant les difficultés induites par la pandémie de COVID-19. La crise sanitaire de l’année scolaire en cours exacerbe les difficultés rencontrées par les enseignants depuis des années.

À ce propos, l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, regroupement de 9 000 enseignants de la métropole, demande la démission du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. « Nos membres nous ont dit : ‘‘On n’en peut plus, on veut que le ministre parte’’ », a exprimé Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance. D’ailleurs, le syndicat a fait parvenir, le 26 janvier dernier, une liste de revendications au ministre en question, au Centre de services scolaire de Montréal, au directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et à la direction régionale de santé publique de Montréal. Cette liste portait entre autres sur les questions de la ventilation, du dépistage systématique, de la vaccination, de l’école à distance sur demande sans exemption médicale, et des balises pour la fermeture des écoles en cas d’éclosion. Les demandes ont été rejetées avec condescendance par le ministre Roberge qui a qualifié la liste et la sortie médiatique de l’Alliance de manœuvre en temps de négociations houleuses.

La pandémie révèle très clairement toute la négligence envers le réseau scolaire. L’appareil gouvernemental n’a aucune volonté d’offrir des conditions d’enseignement et d’apprentissage décentes aux enseignants et aux élèves de la province. À ce titre, une étude du Centre canadien de politiques alternatives révèle que les 220 millions de dollars mis à la disposition du ministère de l’Éducation du Québec par Ottawa à des fins d’aménagement pour se prémunir contre la COVID-19 n’ont pas encore été dépensés. Force est des constater que le gouvernement est loin d’être pressé de régler les problèmes sous lesquels croulent les écoles.

Ce n’est pas un secret pour personne. La réouverture de écoles primaires et secondaires en septembre a joué un rôle moteur dans la remontée des courbes épidémiologiques en octobre et en novembre. Le principe de bulle-classe ne tient tout simplement pas la route. Les enseignants, les élèves et leurs parents s’exposent jour après jour au danger de contracter la COVID-19. Les implications de l’ouverture des écoles touchent, au final, toute la société. Pour ne donner qu’un exemple, avant les fêtes, l’école primaire Saint-Pierre-Claver à Montréal a connu une éclosion ayant conduit à 78 infectés en seulement deux semaines dans un établissement accueillant 464 élèves. Ce nombre d’infectés n’inclut pas leurs proches, ces derniers n’étant pas comptabilisés dans les statistiques d’infections en milieu scolaire.

Le gouvernement compte bien tabler sur la vaguelette de mécontentement exprimée par « le public », et relayée ad nauseam dans les médias, face à l’annonce d’une possible grève des enseignants. Qu’à cela ne tienne, la lutte se poursuit. Tous les travailleurs doivent se serrer les coudes devant une classe dominante qui n’agit qu’en fonction de ses propres intérêts. Souvenons-nous que le réseau scolaire est laissé à l’abandon depuis des années. Cela démontre toute l’hypocrisie derrière les beaux discours quant à la priorité du gouvernement accordée à « nos jeunes » en ces temps difficiles. Si les écoles demeurent ouvertes malgré les risques élevés de propagation, c’est parce que la bourgeoisie a besoin que sa force de travail soit disponible et donc, qu’elle ne soit pas embarrassée par des enfants à domicile en plein jour. Ce n’est certainement pas pour que les enfants et les adolescents du prolétariat se portent mieux.

Les enseignants sont traités comme de la chair à canon depuis septembre dernier et en ce sens, leur sort résonne avec celui des travailleurs d’usines eux aussi maintenus au travail malgré la pandémie qui fait rage. Toute volonté de combattre le pouvoir bourgeois qui se contente de donner des miettes aux masses populaires et qui, en temps de pandémie, ne prend pas les mesures nécessaires pour les protéger, doit recevoir le plein appui de la classe ouvrière!