Un lock-out illégal à la cimenterie Ash Grove de Joliette

Samedi dernier, les 154 travailleurs de la cimenterie Ash Grove de Joliette ont été mis en lock-out sans préavis. Ces travailleurs œuvrent dans la production et dans les bureaux de l’usine. Ils sont membres d’Unifor, syndicat affilié à la plus grande centrale syndicale de la province, la FTQ. Pour comble d’insulte, en déclenchant un lock-out, la compagnie a agi illégalement – et en toute impunité – puisque la convention collective ne viendra à échéance que samedi qui vient.

Cela fait trois mois que la négociation à la cimenterie est en cours. Impatient, l’employeur a décidé de faire des coups fourrés en mettant les syndiqués au chemin, prétextant que des actes de sabotage, de vandalisme et de bris d’équipement intentionnels l’ont obligé à prendre les grands moyens. Daniel St-Pierre, représentant national d’Unifor dans ce dossier, a qualifié, avec raison, cette manœuvre d’intimidation.

Au cœur de ce conflit de travail, qui a été précipité par les capitalistes d’Ash Grove, se trouve la volonté de l’entreprise de fermer deux de ses quatre fours dès le mois prochain, estimant qu’ils ne génèrent pas un assez bon rendement financier. Cette décision entraînera le licenciement d’une centaine de travailleurs.

Cette sombre éventualité vient donc teinter les litiges de la négociation, comme par exemple, le droit de rappel, l’indemnité de licenciement, ou encore le nombre de personnes en opération et la sous-traitance de nombreux emplois faisant pourtant partie de l’accréditation. Bien entendu, la négociation porte aussi sur les horaires de travail, la prise de vacances, les descriptions de tâches et d’autres questions reliées à l’organisation du travail.

Devant cette stupéfiante volonté de se départir de deux fours qui fonctionnent, Daniel St-Pierre tire cette juste conclusion : « En fait, Ash Grove considère ne pas faire assez d’argent. Malgré qu’il en fasse, ce n’est pas assez. » En effet, dans certaines circonstances, les capitalistes tendent à détruire des forces productives telles que des machines et des usines, et, par le fait même, à jeter à la rue certains travailleurs. C’est que le coût d’entretien et de remplacement de ce matériel industriel est souvent très élevé. Considérant que la bourgeoisie n’a d’intérêt que pour son portefeuille, elle se fiche du fait que les machines soient toujours utiles et qu’elles puissent encore servir. Elle ne regarde que le profit qu’elle peut tirer du produit du travail des ouvriers qui actionnent ces machines. Et lorsque ce profit n’est plus appréciable, elle abandonne des moyens de production, comme des fours industriels, qui avaient pourtant encore une durée de vie utile devant eux. Ce processus se fait au détriment des travailleurs qui perdent leurs emplois, ainsi que de l’ensemble de la classe ouvrière dont une partie du temps de travail passé – notamment celui ayant servi à construire les moyens de production abandonnés – est ainsi gaspillé inutilement. Ce processus prive aussi les masses populaires de produits, comme le ciment, qui pourrait être encore usiné, et ce, malgré un rendement qui n’est pas optimal pour les affaires des exploiteurs.

Par ailleurs, quand les capitalistes lorgnent du côté de la sous-traitance, c’est aussi qu’ils veillent à optimiser leurs profits. Avec des contrats de travail donnés à des compagnies de placement, ils s’assurent de ne pas verser un salaire à des ouvriers dont le travail ne serait pas rentabilisé au maximum. Par exemple, ils peuvent accorder un contrat dans un effort de production de courte durée. Pendant ce temps de travail de grande intensité assumé par des ouvriers temporaires, la plus-value prélevée est faramineuse. En procédant ainsi, les capitalistes n’ont pas à payer une main-d’œuvre à l’année longue, cinq journées pleines par semaine, même dans les creux de vague de production.

Plus encore, le conflit de travail à Ash Grove met en lumière les ravages de la concurrence qui règne sous le capitalisme. En effet, le syndicat met en cause, depuis qu’il a appris la demi-fermeture de l’usine, l’écoulement de la production de la cimenterie McInnis de Port-Daniel en Gaspésie sur le marché canadien plutôt que sur le marché américain. Cela a pour effet de créer une surcapacité de production de ciment à Joliette, ce qui pousse les capitalistes d’Ash Grove à liquider une partie de ce qu’ils possèdent pour ne pas perdre au change. La cimenterie de Port-Daniel a été inaugurée en 2017. Celle de Joliette a été inaugurée dans les années 1960 et vendue à CRH-Ash Grove en 2015, avant que le concurrent gaspésien ne vienne changer la donne. Une surabondance de ciment et une fermeture partielle de cimenterie pourtant fonctionnelle, voilà ce que provoquent l’anarchie dans la production sous le capitalisme et le manque de planification adéquate de ce qui est à produire.

L’exploitation des masses par la bourgeoisie est un rapport de production auquel il faut mettre fin en abolissant le capitalisme. La recherche effrénée de profits par les capitalistes coûte très cher au prolétariat. Elle donne lieu à des stratagèmes abominables de la part de la classe dominante, comme la destruction des forces productives et le recours à la sous-traitance. Au final, les ouvriers souffrent de décisions capitalistes ravageuses qui brisent leurs vies. Or, ces maux ne sont pas accidentels : ce sont des tendances lourdes dans notre société injuste. Lorsque les ouvriers en lutte les dénoncent, il faut faire rejaillir leur combat, celui de toute une classe contre les sangsues capitalistes de ce monde. C’est pourquoi il faut appuyer sans hésiter les travailleurs de la cimenterie d’Ash Grove de Joliette. Leur combat rappelle l’urgence de se battre pour qu’un jour la production soit organisée par la classe ouvrière!