Grève chez ArcelorMittal : un combat nécessaire dans un secteur hautement lucratif pour le capital

Suite au rejet de la deuxième offre patronale, les 2 500 ouvriers d’ArcelorMittal Mines et Infrastructure Canada sur la Côte-Nord ont déclenché, lundi soir dernier, une grève générale illimitée. Ces ouvriers travaillent dans deux mines à Mont-Wright et Firelake; dans une usine de bouletage à Port-Cartier; au port, sur le chemin de fer ainsi que dans les bureaux de Port-Cartier et de Fermont; et à la sécurité. Ils sont regroupés dans le Syndicat des Métallos affilié à la FTQ. D’abord, en avril, une entente de principe avait été soumise par les cinq sections locales du syndicat aux membres, mais ceux-ci l’ont rejetée. Ensuite, l’employeur a présenté une offre qualifiée de finale et globale qui a elle aussi été rejetée par les membres du syndicat dans des proportions de 99% dans quatre unités de négociation et 97% dans la cinquième, celle des employés de bureau de Port-Cartier.

Le conflit de travail porte principalement sur les salaires, le régime de retraite, les assurances, la santé et sécurité, les primes et l’horaire qui supposerait 14 jours de travail consécutifs suivis de 14 jours de congé, horaire auquel le syndicat s’oppose. Pour la rémunération, les syndiqués réclament des augmentations annuelles de 2,5% pendant 4 ans. Ils veulent aussi que le régime de retraite soit bonifié pour pallier à la non-indexation des prestations.

Le débrayage des Métallos a de quoi inquiéter les capitalistes. Le ministre du Travail, Jean Boulet, a affirmé que si la grève se prolonge, elle aura « […] un impact important sur toute l’économie de la Côte-Nord et du Québec. » Nicolas Lapierre, le coordonnateur du syndicat des Métallos a, pour sa part, rappelé que les industries minières totalisent 30% du PIB de la Côte-Nord. « On est conscient de ça, qu’il y aurait un impact. En même temps, l’initiative est là; le minerai est bon; il faut qu’on ait notre juste part. Et là, ce n’est pas le cas », a-t-il répliqué. En effet, le prix du fer est élevé. Le minerai de la Côte-Nord concentré à 66% se vend au-dessus de 200$ US la tonne alors qu’il était tombé sous les 40$ en 2015. Avec le taux de change, on parle de près de 250$ canadiens, du jamais vu, même depuis 2011, l’année record précédente. Entre autres, la demande chinoise est très forte, car l’activité économique en Chine a repris à un niveau comparable à celui d’avant la pandémie de COVID-19. Aussi, toujours en Chine, la production de fer, par exemple dans la ville de Tangshan, a ralenti pour cause d’efforts déployés pour le nettoyage de l’industrie sidérurgique polluante, ce qui a fait grimper les prix du fer. L’effet se fait fortement ressentir dans les minières de la Côte-Nord du Québec, pourtant à des milliers de kilomètres des aciéries chinoises! Plus largement, les marchés mondiaux anticipent des plans de relance économique axés sur des travaux d’infrastructure requérant du béton et… de l’acier, dont la composante principale est le fer! Le vent dans les voiles, ArcelorMittal a annoncé récemment d’importants investissements dont des travaux d’agrandissement du parc à résidus miniers qui ont déjà débuté. La durée de vie de la mine de fer à Mont-Wright près de Fermont sera ainsi prolongée jusqu’en 2045. Énormément de plus-value est prélevée sur le travail des ouvriers de la minière. La bourgeoisie se frotte les mains devant les bonnes affaires. « Le prix élevé du minerai de fer est une bonne nouvelle pour la Côte-Nord et pour le Québec. Ça garantit des jobs et ça garantit des investissements. Ça crée tout un impact dans l’économie », a indiqué Bernard Gauthier, DG du Développement économique Port-Cartier. Par-dessus le marché, les capitalistes d’ArcelorMittal se montrent cupides. « À ce prix, les travailleurs veulent passer à la caisse. Il faut que la part du gâteau augmente. », ajoute le représentant syndical. Pour sa part, la bourgeoisie invoque que le fer est un marché cyclique et qu’elle doit demeurer concurrentielle quoi qu’il arrive.

La mobilisation des ouvriers s’organise, la réaction bourgeoise aussi. Dans la nuit du 12 au 13 mai, neuf grévistes à Fermont et cinq à Port-Cartier se sont vus remettre des constats d’infraction pour avoir enfreint le couvre-feu alors qu’ils dressaient un piquet de grève la nuit. Pourtant, ils avaient en main une lettre de leur syndicat, ce qui a été jugé insuffisant par la police. Or, pas plus tard qu’avant la grève, on les autorisait à circuler la nuit pour se rendre à leur quart de travail avec la lettre de leur employeur en poche. Maintenant qu’ils ne produisent plus de profits pour les capitalistes et qu’ils exercent leur droit de grève, leur présence durant la nuit est désormais jugée indésirable par la police. Mais cela n’est pas surprenant puisque cette dernière, après tout, existe d’abord et avant tout pour faire régner l’ordre des patrons. Pour les ouvriers, il est pourtant impératif de pouvoir piqueter la nuit pour faire respecter les dispositions anti-briseurs de grève, entre autres. Cela fait partie de leur droit constitutionnel à la grève, lequel vient d’être ouvertement bafoué par les autorités bourgeoises.

Le combat des Métallos d’ArcelorMittal nous rappelle combien le pillage de la classe ouvrière est grand et profondément injuste. Les travailleurs ne voient pas la couleur de tout l’argent que la bourgeoisie se met dans les poches grâce à leur labeur. Cette richesse immense, entre autres produite, au Québec, grâce à l’extraction minière, n’est pas retournée aux masses pour améliorer leurs conditions de vie. Les ouvriers de la Côte-Nord s’insurgent ainsi avec raison, alors que les profits de leur employeur coulent à flot et que la négociation achoppe. Appuyons avec force la lutte de ces ouvriers! Les travailleurs miniers sont au cœur de notre classe, celle qui fait fonctionner la société actuelle. Ils joueront également un rôle central dans le fonctionnement de la société future : celle que nous bâtirons une fois que les parasites capitalistes auront été expulsés de l’économie, que les moyens de production auront été remis entre les mains des travailleurs eux-mêmes et que l’ensemble de la richesse produite pourra être utilisée pour élever le bien-être du peuple!